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Jeûne thérapeutique

Suite à une émission d’Arte (voir aussi le livre correspondant de Thierry de Lestrade) nous avons décidé de suivre un jeûne thérapeutique. Après tout, le jeune était largement pratiqué, de façon forcée (ou volontaire?) par nos ancêtres préhistoriques. En jeûnant, nous ne faisons que réactiver des mécanismes toujours présents dans notre espèce, aujourd’hui complètement inutilisés, mais extrêmement puissants! Ce sont eux qui ont permis la survie des hommes à travers les siècles et assuré le succès de notre espèce.

Le protocole suivi est celui du Dr F-X Mayr (1875–1965), bien connu en Allemagne et en Autriche: un (tout) petit pain desséché le matin, un autre à midi, accompagné d’un demi-yaourt, et un thé le soir, le tout pendant 2 semaines (moins de 200kcal/j). Une alternative (plus coûteuse!) est la méthode Buchinger (on remplace le petit pain desséché par des jus de fruits et légume). Pendant le jeûne, une activité physique modérée est recommandée: marche, nage souple, qi gong, yoga… Pour ma part, j’ai ajouté un peu de vélo, sans jamais dépasser 115 BPM / 150 W.

Bilan: -5 kg en 15 jours, mais ce sera probablement vite repris, car le but d’un tel jeûne n’est pas l’amaigrissement.

Par contre, ce but peut être sportif: une condition de succès sur les épreuves longues distances est la capacité à brûler les graisses pour trouver son énergie (c’est comme ça qu’on évite le mur du marathon). Le grand champion Sindballe explique ainsi comment il a réussi à transformer son corps en machine à brûler les graisses. Il a essayé différentes méthodes, mais pas le jeûne. Certains courent la matin à jeûne pour s’y entraîner, mais ils ont encore des réserves de glucides s’ils ont mangé la veille. De même, des études poussées ont montré qu’il pouvait être très bénéfiques de limiter les apports glucidiques la veille, puis de s’entraîner à jeun le matin, afin d’apprendre à mieux brûler ses graisses pendant l’effort (« sleep low » strategy). Mais au fond, la phase cétonique du jeûne, celle où l’on consomme essentiellement des graisses, ne survient qu’au bout de 4 ou 5 jours. On s’entraîne alors à vivre en puisant dans son stock de graisse (lipolyse), qui est la réserve d’énergie de loin la plus abondante du corps humain, ce qui est très bénéfique pour les sportifs d’endurance (durée d’effort >3h). Cependant, il faut veiller au cours du jeûne à modérer son entraînement, pour éviter les risques d’hypoglycémie ou de fonte musculaire par catabolisme (cycle de Cahill): rester dans la zone de confort aérobie, où l’on peut discuter facilement. Si le jeûne peut être une bonne chose pour apprendre à brûler ses graisses, je ne le recommanderais néanmoins pas à proximité d’une épreuve importante: plutôt à faire en période de coupure.

Mais l’intérêt essentiel du jeûne n’est en vérité pas la perte de poids ou l’entraînement sportif: il est essentiellement thérapeutique. J’étais un peu sceptique au début, mais je dois dire que les effets sur mon arthrose sont assez bluffant. En une semaine, les douleurs ont disparu!

Du coup je suis allé voir de plus près la littérature scientifique qui existait sur le sujet et le résultat est intéressant.

De nombreuses études attestant des effets bénéfiques du jeûne sur de nombreuses pathologies: maladies cardio-vasculaires (maladies coronariennes, insuffisance cardiaque, troubles de la circulation artérielle, insuffisance veineuse), maladies du dos et des articulations, hypertension, arthrose, arthrite, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, maladies du tube digestif, épuisement physique et psychique,migraines et maux de tête, allergies dont asthme, surpoids, hyperlipidémie, hypercholestérolémie, hyperuricémie, diabète de type II, stress, tabagisme…

En français, la méta-étude la plus complète sur le sujet est sans doute celle de l’INSERM.

Elle fait une revue des études sur le sujet, note de nombreuses études attestant des effets bénéfiques du jeûne, mais reste très prudente dans ses conclusions, concluant sur la nécessité de poursuivre des recherches, et contestant la rigueur des études passées.

Cependant, cette méta-étude est elle-même marqué par un gros biais. Pour des raisons pratiques, les auteurs n’ont considéré que les résultats publiés en français ou en anglais. Or l’essentiel des études et des expériences sur le sujet a été fait en Allemagne et en Russie, par des auteurs qui n’ont pas toujours pris le soin de traduire en anglais leurs études. Par exemple, une étude de l’université d’Iena sur les effets du jeune sur l’arthrose est complètement ignorée. Et il est clair que les caractéristiques du jeûne font qu’on ne peut pas le traiter statistiquement comme un traitement médicamenteux: impossible de faire un test en aveugle (il n’y a pas de jeune placebo, impossible de faire jeûner un patient sans qu’il sache s’il jeûne ou pas!), et également impossible de faire un test randomisé: on ne peut pas choisir au hasard des patients pour faire un jeune, car la décision de jeûner est le résultat d’un long processus d’élaboration mentale, qui n’aboutira pas pour un grand nombre de personnes.

Pour autant, ce n’est pas parce que la nature du traitement fait qu’il est impossible d’utiliser les outils statistiques classiques permettant de s’assurer scientifiquement de son efficacité qu’il est inefficace!Ou que ceux qui le pratiquent sont des charlatans… La nature n’a que faire de considérations méthodologiques. Au regard des nombreuses expériences menées, des témoignages anecdotiques et de mon expérience personnelle, je serai tenté de dire que le jeûne, ça marche!

 

15 conseils pour la natation en triathlon

 

Pour aller vite en nat sur un triathlon, il y a bien sûr avant tout le travail de fond qu’il faut faire en piscine pour s’entraîner et apprendre à bien nager, pour lequel nous bénéficions des conseils de nos entraîneurs.

Mais il y a aussi pas mal de choses qu’on ne découvre que lentement, en pratiquant les triathlons, des petits trucs qui permettent de mieux sortir de l’eau sans passer forcément par de longues heures d’entraînement. Des trucs qui m’ont toujours permis de nager en eau libre au-dessus de mon niveau en piscine.

J’ai essayé de résumer tout ça. Les vieux briscards n’apprendront rien, mais les débutants pourront peut-être piocher des idées. A prendre ou à laisser!

Le départ

1. Le mass start au départ du triathlon peut parfois être impressionnant quand on débute. Il faut plonger dans la mêlée sans crainte, avec générosité et ardeur, avec le sentiment d’enfin se libérer de la pression accumulée avant la course – avoir l’esprit rugby, aller au paquet sans crainte, décontracté, dans le plaisir, la joie et l’allégresse!

2. Bien se positionner au départ: estimer avec lucidité et humilité son niveau de natation, et se positionner en fonction. Se placer en première ligne que si on sort régulièrement de l’eau dans les premiers 10%, se mettre au milieu si on sort au milieu, à la fin si on sort à la fin. C’est le meilleur moyen de ne pas se faire nager dessus, et de trouver des gens de son niveau avec qui on pourra optimiser sa nage.

3. En cas de départ ou d’arrivée sur une plage, ou en cas de passage à faible profondeur, se pose la question de la stratégie optimale de déplacement. Chacun a ses préférences, mais en règle générale, ce qui marche bien, c’est: eau jusqu’au genoux -> courir, eau à la taille -> dolphining, eau aux épaules -> nager – ceci évidemment si le fond est sain (pas de cailloux coupants ou de verre cassé… auquel cas on privilégiera la nage)

Matériel

4. Prendre des lunettes masques (type Aquasphere) plutôt que des petites lunettes: on y voit mieux pour s’orienter, et on risque moins la blessure en cas de coup de pied dans la figure

Drafting

5. Profiter du drafting, puisqu’il est légal en nat: se mettre soit juste derrière un nageur, soit avec la tête au niveau de sa hanche, en évitant de le toucher bien sûr, pour pas l’énerver! Le gain de vitesse peut être significatif (quelques secondes par 100m).

6. Ne pas rendre les tirages de pieds ou les baffes: celui qui vous en a collé une ne l’a probablement pas fait exprès, si vous rendez , vous allez perdre du temps, de l’énergie et de l’influx, et après il voudra vous le re-rendre. Ignorer les coups, ne pas s’énerver, et rester concentré sur l’objectif: arriver le plus vite possible dans le meilleur état possible!

7. Bien choisir le nageur drafté: prendre un gars un peu plus fort que soi (mais pas trop fort!), qui nage droit, régulièrement, et avec un battement de jambe pas trop fort.

8. Si le drafté n’est pas si fort que ça, le relayer quand il faiblit, ou alors aller chercher un autre groupe: le but est d’aller plus vite en suivant un gars plus fort que soit (ou qui suit quelqu’un qui suit quelqu’un plus fort que soi), pas de se faire endormir sur un faux rythme confortable. Drafter peut faire gagner du temps, mais il vaut mieux nager seul ou devant rapidement que derrière un autre lentement!

Orientation

9. Pour s’orienter, la première chose c’est d’y voir clair! Pour éviter la buée, mettre un peu de shampoing dans les lunettes avant le départ, et ensuite bien rincer pour que ça ne pique pas les yeux.

10. Bien visualiser et mémoriser avant le départ le parcours nat, pour gérer correctement sa course et ses allures – mobiliser son intelligence situationnelle: savoir exactement combien il y a de bouées et de virages à passer, pour savoir à tout instant où on en est. Par exemple on peut décider en course de faire 200m à fond jusqu’à la première bouée pour bien se placer, puis décider que si on est dans le premier tiers du parcours, ça peut valoir la peine de se mettre dans le rouge deux ou trois minutes pour attraper de bons pieds, et on peut décider que ça ne vaut plus le coup de vider ses lunettes si elles sont pleines de flotte quand on est à 100m de l’arrivée.

11. Parfois les bouées sont difficilement visibles (petites bouées, vagues en mer…). En mer, s’orienter lorsqu’on est en haut de la vague, et de façon générale, prendre des points de repère hauts sur l’horizon: bâtiments ou arbres sur la rive, bateau, soleil, colline… Il faut mémoriser ces repères hauts avant le départ, ou au pire juste après les virages.

Choix d’itinéraire

12. Aller au plus court au virage à la bouée si on ne craint pas les baffes, contourner à l’écart sinon – on gagne alors largement en ne frottant pas ce qu’on perd en distance (1 ou 2m).

13. Bien « lire » l’eau avant le départ. En mer (exemple: La Baule), il y a souvent du courant, dû aux marées. Il est important d’analyser la force et la direction de ce courant. L’idéal, c’est d’observer une course avant, et de voir comment les nageurs sont déportés. Le plus souvent, la ligne des nageurs fait une sorte de courbe entre le départ et la première bouée, vers la gauche si le courant porte à gauche ou inversement. Plus le courant est fort, plus la courbe est marquée. Si le courant porte à gauche, il faut partir à droite de la ligne de départ, et viser la droite de la bouée, et ce d’autant plus que le courant est fort  – et inversement bien sûr. S’il n’y a pas de course avant, regarder dans quelle direction les bateaux amarrés s’orientent.

14. En rivière, le courant est encore plus important. Bien repérer à l’avance les endroits où le courant est le plus fort pour en profiter, le plus souvent au milieu, mais pas toujours. Parfois (ex: Sartrouville), il faut remonter la rivière. Là, il faut au contraire repérer les endroits où le courant est faible, le plus souvent près des berges, ou idéalement derrière un obstacle faisant barrage (par exemple une pile de pont) pour profiter à plein du contre-courant qui remonte. Pratiquer un peu le canoë est un bon moyen pour apprendre à lire une rivière.

Allure

15. L’allure doit s’adapter selon la course. De façon générale, plus la course est courte, et plus il est important de bien sortir en natation, surtout si le drafting est autorisé en vélo, et plus elle est longue, moins la natation est importante dans le résultat final. Donc sur distance courte (S, M), surtout si le drafting est autorisé, ne pas hésiter à faire la natation à fond. Sur distance longue (L, XXL), la journée sera longue, le vélo et la CAP feront le résultat, donc on essaiera plutôt de poser sa nage et de ne pas sortir trop fatigué.

Bonnes courses!

La Grâce de Port Royal

En fin de sortie vélo, je grimpais la bosse de Port Royal dimanche dernier.

Elle n’est pas bien longue ni pentue, mais elle vient toujours en fin de sortie, car il est de tradition de tourner dans le sens des aiguilles d’une montre en Chevreuse, et je la trouve toujours plus dure que ce que ses modestes dimensions laisse prévoir.

Et je pensais à ces théologiens jansénistes, qui autrefois hantaient l’Abbaye toute proche, aujourd’hui en ruine. Et je pensais à la Grâce. Quelle divine prémonition ils avaient eue, en voyant cette Grâce divine comme immanente, accordée par Dieu à certains rares sujets, indépendamment de toute volonté ou vertu humaine, niant le libre-arbitre. Ils avaient tout vu, tout compris, l’incapacité d’échapper à notre destin, et cette généralisation des people dans notre psyché collective, la téléréalité, Nabila… tous ces êtres touchés par la Grâce, admirables, respectés et adulés pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils font ou ce qu’ils ont, ce vieil idéal philosophique de l’Etre supplantant l’Avoir enfin réalisé.

Et tandis que je grimpais la côte, je pensais à ma déchéance, et à la Grâce qui m’a abandonné. Avant, je me battais sur ces bosses, luttant pour les titres de KOM en face de l’Auberge du Chant des Oiseaux, le mollet fringuant et les watts en besace. Aujourd’hui, je prie en espérant pouvoir suivre le grupetto au train, et je n’ose pas me mettre sur Strava…

Deauville

Mardi, on était à Deauville.

Pas grand monde sur la plage, une eau à 15°, mais j’ai quand même nagé 1/2h. Je ne peux pas résister dès que je vois de l’eau.

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Cette photo est un peu comme le corps humain. Symétrique en apparence, mais de nombreux détails viennent rompre le bel équilibre, rien n’est vraiment droit ou horizontal. Un bras un peu plus fort, un bassin déséquilibré, une jambe un peu plus longue. Et nous devons accepter et exploiter cette dissymétrie pour mieux nager.

Recension: Natation / méthode d’entraînement pour tous

Dans ma longue expérience, le petit monde des piscines se divise en 2 catégories bien séparées: les nageurs de Club et les autres.

Nager à côté d’une ligne d’eau ou s’entraîne un bon groupe de Club est une expérience qui nous rappelle vite à l’humilité. Mais nager au milieu du public est tout aussi révélateur, et nous révèle la médiocrité consternante du nageur moyen!

Comment combler cet écart, comment réduire cette terrible fracture natatoire qui divise les français?

Pour s’approcher du niveau du nageur de club, le mieux est évidemment de s’inscrire dans un club de natation  et de s’y entraîner, sous la direction d’un bon entraîneur. Mais tout le monde n’a pas cette possibilité: horaires incompatibles, Club saturé… et à vrai dire, les bons entraîneurs sont plutôt rares.

Le bouquin de Mathieu Chadeville, « Natation / méthode d’entraînement pour tous » est sans doute ce qui se fait de mieux pour celui qui n’a pas la possibilité ou le désir de s’entraîner en club. Voir aussi son site web: www.natationpourtous.com.

L’approche technique est intéressante. Plutôt que de donner une description du « geste parfait » comme on en voit souvent dans la littérature, l’auteur préfère donner (dans le chapitre 3) cinq « principes de base » à respecter. J’adhère à 100%. On assiste souvent en natation à des querelles byzantines sur le bien-fondé de tel ou tel geste (retour bras tendu vs. coude haut, mouvement sous l’eau en S vs. bras droit, respiration bilatérale vs. monolatérale, nager plat vs. roulis…). Or ce que l’observation des élites nous apprend, c’est qu’il y a une très grande variabilité des mouvements parmi les très bons nageurs. La seule chose qui reste à peu près constante à travers la grande variété de styles rencontrés, c’est le respect des 5 principes énoncés par Matthieu. En nageant, il faut donc se concentrer sur ces principes (le pourquoi), et adapter en conséquent le geste (le comment), selon ses capacités morphologiques et physiologiques. C’est ainsi que l’homme a pu voler: non pas en essayant de comprendre COMMENT l’oiseau volait (en battant les ailes), mais POURQUOI (l’intrados, l’extrados et la portance qui en résulte). Rien ne sert à un débutant d’essayer d’imiter Phelps – mieux vaut comprendre POURQUOI il nage si vite, et appliquer les principes qui en découlent selon ses capacités.

Le livre donne aussi une liste d’accessoires (pull-buoy, plaquettes, planche, tuba, palmes…) utiles pour l’entraînement, ainsi qu’une liste d’éducatifs, sans tomber dans la surabondance inutile que l’on peut parfois observer dans ce type d’ouvrage.

J’ai lu pas mal de livres qui insistaient sur les aspects techniques de la natation, mais suivre leurs conseils est finalement assez illusoire. Ils pourraient laisser penser qu’il suffit de lire un livre, d’apprendre le bon geste, et ensuite de le reproduire en piscine pour bien nager. Or ce n’est pas tant la connaissance abstraite du bon geste qui est nécessaire, c’est la capacité de l’adapter à sa morphologie (souplesse, capacité pulmonaire, amplitude…) et de le réaliser sans faiblir, de façon répétée, à différentes allures, à des degrés différents de fatigue. La clé de cette maîtrise n’est pas dans la connaissance intellectuelle du geste, elle est dans le processus (appelé entraînement) qui permet de se l’approprier et de s’adapter physiologiquement pour le réaliser sans faiblir sur plusieurs kilomètres.

Le livre n’insiste donc pas trop sur les aspects techniques, mais porte sur ce qui compte vraiment pour progresser: l’entraînement.

La méthode proposée est extrêmement structurée, et je suis sûr qu’elle permettra de faire des progrès très significatifs à ceux qui la suivent. Personnellement, je ne peux pas la suivre puisque je m’entraîne en Club, mais je m’inspire désormais de certains de ses principes quand j’ai l’occasion de nager seul. La méthode est données sous la forme de plans d’entraînement, permettant de couvrir à peu près une saison, à raison de 2 à 4 entraînements par semaine. Elle est déclinée selon le niveau de pratique du lecteur, ce qui permet de couvrir une cible très large: du débutant (qui sait quand même nager – ce n’est pas un bouquin pour apprendre à flotter!) jusqu’au bon nageur, sans aller toutefois jusqu’aux nageurs d’élite, qui bénéficient de toute façon des conseils personnalisés de leur coach.

La méthode fait une très large utilisation du swolf, c’est à dire d’une mesure cumulant temps (en secondes) et coups de bras pour donner une estimation de la qualité de nage.
L’approche swolf est parfois contestée, mais à mon sens c’est quand même ce qui se fait de mieux pour concilier l’inconciliable: technique et vitesse. L’équation fondamentale de la natation est: vitesse = fréquence de bras x amplitude, et tout l’art est d’arriver à trouver son couple fréquence/amplitude optimal. La qualité technique de nage est souvent assimilée à l’amplitude, mais quand on est obnubilé par la diminution du nombre de coups de bras par longueur (c’est à dire l’augmentation de son amplitude), on finit souvent par se traîner en « glissant » de façon interminable, ce qui forcément fait perdre de la vitesse, tandis que ceux qui sont obnubilés par le chrono ont tendance à détériorer leur technique de nage, en accélérant la cadence jusqu’à l’excès, au détriment de l’amplitude, ce qui oblitère leur capacité de progression à moyen terme. L’approche swolf a le mérite d’encourager la recherche d’une technique optimale, se traduisant par une amplitude de nage élevée sans que cela se fasse au détriment de la vitesse, qui reste quand même l’objectif numéro 1 et le juge de paix ultime.

Dans la méthode, le swolf est utilisé aussi bien pour se tester et mesurer ses progrès qu’au cours de l’entraînement en tant que consigne. Le swolf peut être calculé de tête, ce qui est facile mais nuit à la divagation des esprits nageurs, ou être automatiquement calculé au moyen d’une montre dédiée, telle que la Poolmate HR.

Au total, le livre me semble un excellent moyen de progresser en natation pour tous ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier des conseils d’un bon coach.

Au titre des réserves, je dirais cependant que si le livre est parfaitement adapté pour celui qui veut bien nager en général, il l’est sans doute un peu moins pour les triathlètes, qui constituent une part grandissante des nageurs « sérieux » hors club dans nos piscines. En effet, si le livre fait bien une large part à la nage dominante, il laisse une belle part à la pratique des 4 nages. Or certes, le 4N est intéressant pour tout le monde (aspects musculaires notamment, rendant la nation un vrai sport complet), mais les triathlètes auront plutôt tendance à aller à l’essentiel, en réduisant à la portion congrue le 4 nages et en se concentrant sur le crawl. Une version du livre adaptée au triathlon (avec moins de 4N et des addendums sur l’orientation, la nage en combinaison, la nage en eau libre, le drafting etc) serait bienvenue, un peu comme Terry Laughlin, qui avait adapté les principes de Total Immersion au triathlon et en avait conçu un ouvrage spécifique.

Dernier maillot

Vendredi avait lieu la cérémonie des trophées de la Ligue IDF de Triathlon. Plaisir d’enfiler une dernière fois le maillot de champion des quinquas de la Ligue…

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Une dernière fois, car il faut bien arrêter un jour. Les derniers scanners ne me laissent en fait guère le choix. Déjà là depuis de nombreuses années, et de plus en plus douloureuse, l’arthrose a fini – comme toujours – par gagner. L’état de mes articulations ne me permet plus de courir. Je continuerai de rouler et nager pour le plaisir, mais plus de course à pied, plus de triathlon, et beaucoup moins d’entraînement… ce qui depuis quelques semaines me laisse plus de temps pour voir des gens, photographier et poster ici, on se console comme on peut!

Test de la Poolmate HR

J’ai eu la chance d’être sélectionné pour tester la montre Poolmate HR, de Swimovate et voici donc un petit retour d’expérience.

Avertissement liminaire: je possède un cardiofréquencemètre Polar S725X, et donc c’est un peu ma référence. Je me base pas mal sur mon expérience de cette montre, que j’utilise avec le logiciel Polar Pro Trainer, pour faire ce retour d’expérience.

 

La montre Poolmate HR

La première fonction de cette montre est le contrôle de la fréquence cardiaque, et pour ça, le système est au point, même dans l’eau – ce qui est loin d’être le cas de tous les cardiofréquencemètres. Par contre, il faut bien serrer la ceinture pour qu’elle ne glisse pas sur la poitrine lorsque l’on pousse au mur. Pas grand chose à dire sur le sujet, j’ai juste essayé un jour pour voir si ça marchait, mais je n’aime pas la sensation de la ceinture en nageant, et je ne m’entraîne pas au cardio en natation.

Une seconde fonctionnalité importante de la montre est la détection automatique des coups de bras et des virages, ce qui permet de compter le nombre de longueurs et la distance parcourus, ainsi que le nombre de coups de bras par longueur, qui est un critère clé pour optimiser sa technique de nage.

La montre calcule également l’efficacité de nage (efficiency): plus on est efficace, plus elle est basse (ce qui est un peu contre-intuitif). L’efficacité est calculée en ajoutant le nombre de secondes par 25m au nombre de coups de bras (comptage de type golf: « swolf »). Un bon objectif de séance est de minimiser son score d’efficacité: ça oblige à nager en amplitude sans pour autant sacrifier la vitesse, défaut que l’on constate souvent chez les nageurs qui cherchent à optimiser leur « glisse » à tout prix.

La surveillance du nombre de CDB et de l’efficacité de nage permet une évaluation de sa technique de nage et de son évolution dans le temps, au cours d’un entraînement comme dans la saison. C’est vraiment là que se trouve le vrai point fort de la montre.

J’avais il y a une dizaine d’années déjà eu une montre avec cette fonction (le Speedo Stroke Monitor de Bill Geiser), mais elle présentait des problèmes de fiabilité, la détection de l’entrée de la main dans l’eau se faisant au moyen de 2 électrodes qui avaient tendance à s’encrasser. Le système de la Poolmate, basé sur un accéléromètre semble beaucoup plus fiable et précis.

Cependant, un tel système ne peut marcher évidemment qu’en crawl. Les longueurs de jambes en planche par exemple ne sont pas décomptées, et les nages autres que le crawl sont mal reconnues. Ce qui est dommage c’est que non seulement le système ne compte pas les CDB, ce qui est logique, mais il ne détecte pas non plus les longueurs nagées, ce qui l’est moins.

Une critique ergonomique: le bouton qui sert tout le temps lors de l’entraînement, c’est celui en bas à gauche (start/pause/stop). C’est celui qu’il faut presser lorsque l’on a terminé une distance (un 100m ou un 200m par exemple), ou lorsque l’on en démarre une autre. Or celui-ci n’est pas très atteignable, surtout si on porte la montre à gauche comme la plupart des gens, et que l’on a des plaquettes aux mains. On le rate facilement dans le feu de l’action. Un gros bouton start/stop central façon Polar me semble une option bien préférable.

Par ailleurs, le décompte de la distance et du nombre de longueurs est d’un intérêt moyen en ce qui me concerne. Ça fait longtemps que je fais ça simplement en regardant mon chrono. Tout nageur expérimenté connait instinctivement sa vitesse de nage au 100m à 2 ou 3s près, et il lui suffit donc de regarder le chrono au vol lors d’un virage pour savoir exactement où il en est de son 400m ou de son 800m.

A ce sujet, un gros défaut pour moi est le format d’affichage, et deux points en particulier: l’affichage des secondes et l’absence de double affichage chronométrique.

Quand je nage, le nombre le plus important est le nombre des secondes. De toute façon, je sais parfaitement dans quelle minute et dans quelle heure je suis. Le nombre de secondes est donc le nombre le plus important, le seul nombre important même, mais il est malheureusement écrit en tout petit sur l’affichage, plus petit que les heures et les minutes,   pourtant beaucoup moins importantes. On voit le préjugé de l’ingénieur qui pense que parce qu’une minute ou une heure c’est plus long qu’une seconde, il faut l’écrire en plus gros ! Très gênant lorsque l’on tente de lire son temps de passage à la volée lors d’un virage, en un quart de seconde, avec de la buée dans les lunettes. Un affichage au 10ème de seconde (et non à la seconde) serait aussi un plus, surtout sur les séries courtes.

L’autre point noir est l’absence de double affichage chronométrique. Je m’explique.

Avec ma Polar, je la configure toujours en nage de façon à avoir en haut l’affichage du chrono écoulé depuis le début de la séance, et en bas l’affichage du dernier set en cours (temps écoulé depuis que j’ai appuyé sur start/stop).

Ce double affichage est essentiel, parce que l’essentiel de mes séries se fait sous la forme « n fois x mètres départ toutes les y minutes/z secondes »).

Prenons un 10x100m D1’40. Je pars par exemple lorsque le chrono total est à 36’00 », et je sais que mon prochain départ sera à 37’40 », le prochain à 39’20 », le prochain à la minute (41’00 »), puis on recommence: 40″ / 20″ / 0″ / 40″ / 20″ /0″… Et à chaque départ et arrivée de 100m je clique sur start/stop pour afficher en bas (et enregistrer) le temps de mon dernier 100m, et je regarde en haut le chrono total pour me donner le prochain départ. Très utile pour donner les départs lorsque l’on n’a pas de chrono mural.

On n’a par contre pas cette fonction sur la Poolmate, on a seulement le temps du set en cours, ce qui oblige à se donner des récup en temps absolu (Récup 15″ par exemple) au lieu de pouvoir donner un départ toutes les… Encore un net point d’amélioration, donc.

Egalement, les unités sont un peu contre-intuitive, même si ce n’est pas rédhibitoire.

Par exemple, l’indicateur de vitesse (speed): plus il est petit, plus on va vite! C’est qu’en fait ce n’est pas une vitesse qui est indiquée, mais un nombre de secondes par 100m, soit l’inverse d’un vitesse. De même pour l’efficacité de nage, mentionnée plus haut: plus elle est basse, plus on est efficace.

De ce fait, quand on regarde ses courbes d’évolution technique avec le logiciel, il vaut mieux voir ces courbes baisser que monter (alors que l’on a plutôt intérêt à voir monter le stroke length). Le tout est de le savoir.

 

Le logiciel Polmate Pro

L’installation du logiciel peut parfois poser problème. Heureusement la consultation de l’aide du site de swimovate permets de trouver la procédure d’installation manuelle du driver, l’installation automatique ayant échoué (sous Windows 7).

L’affichage est bâti sur un système d’onglets en haut à gauche: Summary, Logs, Sets, Laps, Pool.

Ce qui n’est pas évident à comprendre (et qui est d’ailleurs contraire aux règles d’ergonomie d’utilisation des onglets), c’est que certains de ces onglets ont une relation hiérarchique entre eux. L’onglet Logs montre les Logs (traces d’une session) d’une journée donnée. Il faut sélectionner un des logs (une des sessions) en cliquant quelque part dans la longue liste des informations du Log pour le sélectionner, et alors, en cliquant sur l’onglet Sets, on a les sets du log en question. De même, lorsque l’on clique l’un des sets dans l’onglet Sets, on peut alors cliquer sur l’onglet Laps pour voir les laps (longueurs) du set sélectionné.

Un défaut du logiciel est de n’afficher que les temps des distances qu’il a reconnu en tant que telles (pas les distances nagées en jambe par ex), et de ne pas afficher la durée des récup dans les séries ou entre les séries, information pourtant disponible puisqu’on peut la retrouver sur le graphisme montrant l’évolution de la fréquence cardiaque (quand cette fonction est activée).

Un des avantages de l’utilisation d’un tel logiciel est qu’il peut avantageusement remplacer le carnet d’entraînement, dans lequel on est censé noter soigneusement ses entraînements.

Néanmoins, pour remplacer un carnet d’entrainement, il faudrait un logiciel qui fasse preuve d’un peu d’intelligence, et qui soit capable de reconstituer la structure de l’entraînement. Au lieu de mettre une suite de distance nagées, par exemple:

400m 6’05

200m 4’45

200m 2’55

200m 2’57

…ce dont je rêve, c’est d’un logiciel un peu plus intelligent, qui me donnerait l’entraînement tel qu’il est structuré, tel qu’on le noterait sur un carnet d’entraînement, c’est à dire qui soit capable de reconstruire les séries, ce qui ne doit pas être très compliqué. Par exemple, il donnerait:

400m Free 6’05

200m Jambes 4’45

8x200m Free D 3’20 (s’il a détecté un top de départ à peu près constant toutes les 3’20), ou R20″ (s’il a détecté une récup à peu près constante de 20″ entre les 200m).

Evidemment, il ne s’agirait que d’une proposition du logiciel, que l’on pourrait reprendre manuellement.

Pour chaque set, on pourrait aussi ajouter des commentaires et indiquer le type de nage (pull, pull plaq, éduc, jambes, 4N, rattrapé, water-polo…).

Ensuite, en cliquant sur une série, par exemple le 8×200, on pourrait avoir le détail: temps sur chaque 200 de la série, efficacité, nombre de CDB etc).

Avec un peu plus de sophistication, on doit même pouvoir gérer les pyramides.

En résumé

Un excellent outil pour mesurer ses progrès techniques en natation, grâce au comptage des coups de bras et de l’efficacité / swolf. Mais encore des progrès à faire sur l’ergonomie de la montre pour égaler des modèles plus aboutis, et je n’ai toujours pas trouvé le logiciel idéal du nageur, celui qui peut reconstituer automatiquement la logique des entraînements à partir des mesures, et donner des interprétation et indications de progression.

 

Bon courage

L’autre jour, en allant à la piscine, un collègue qui me souhaite « bon courage ». « Pourquoi bon courage », lui réponds-je, « c’est un plaisir de nager, pas besoin de courage pour ça ». Et lui de me dire: « pour toi peut-être, mais moi je déteste nager, c’est vraiment la galère… »

A ce moment, j’ai compris pourquoi, instinctivement, j’avais tant de mal avec les « bons courages » que l’on entend de plus en plus, à l’adresse d’une caissière à Monoprix, des gars qui nous servent au resto d’entreprise, à la boulangerie…

Ils vous disent « bon courage! », mais en vérité, au fond d’eux, ils pensent: « tu as vraiment une vie minable, tu es dans la galère, heureusement je suis dans une situation bien supérieure, bonne chance pour t’en sortir ». En vérité, pas mal de mépris et de commisération sous une formule apparemment sympathique et amicale.

SVP, ne souhaitez plus bon courage aux gens qui font simplement leur boulot, et qui peuvent en être légitimement fiers. Stoppons l’épidémie du « bon courage » en France!

On a besoin de courage physique pour escalader une falaise ou affronter une maladie grave, ou de courage intellectuel pour affronter l’opinion majoritaire, mais pas pour simplement faire son boulot ou pour aller nager.