souffler / pas jouer ?

Voici venue l’Ere du Souffleur.

La Science avait triomphé, et avait enfin donné à l’Humanité la technologie pour « tirer 20 cm de tissus propre et sec » de façon à peu près fiable. Mais en 4 / 5 ans, le Souffleur a tout emporté. Attentes interminables dans ces lieux sordides, à se faire dessécher les mains. La peau qui se ride, les gerçures qui se forment, les crevasses qui s’ouvrent… cette sensation insupportable de dessication, forme ultime de la barbarie moderne.

Et dans la rue, quand vient l’automne, ces sinistres mutants qui passent, tenant leur Souffleur tel l’épée de Dark Vador. Il faut bien que la force soit avec eux, pour pousser leurs feuilles sous la voiture-balayette, dans la puanteur de l’essence et le vacarme des turbines emballées! Et maintenant qu’ils ont senti l’appétence monter, « ils » diffusent l’objet vers le plus grand nombre. Percolation du Souffleur dans les strates banlieusardes. Vu au catalogue de Casto, signe d’une prégnance indiscutable dans l’inconscient pavillonnaire. Et entendu une concierge, dans la rue: « Evidemment, c’est beaucoup plus long qu’avec un râteau, mais c’est tellement plus pratique… » S’il n’en reste qu’un je serai celui-là, cals aux mains, scarifiant et ratissant, savourant le crissement âcre des lames métalliques sur le ciment.

Le Souffleur est l’emblème paradigmatique de la société moderne, préservée, isolée, repliée sur elle-même. Le souffle induit distanciation entre sujet et objet. Il évite le contact physique direct, préserve une pureté idéalisée, virtualise l’action sur le réel, au prix d’une surconsommation énergétique et d’une dégradation environnementale accrue. Mais les feuilles, elles, qu’est-ce qu’elles en pensent?

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